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Burn-out : la quête de reconnaissance à tout prix

Le burn-out est un syndrome qui traduit un déséquilibre entre les efforts fournis pour s’adapter à une situation et les résultats obtenus en termes de satisfaction. La personne s’engage pleinement sans considérer ses capacités physiques, mentales et émotionnelles. Son corps tente de s’adapter jusqu’à ce qu’il ne puisse plus et s’écroule. Qu’est-ce qui pousse cette personne à en arriver là?

Le burn-out est essentiellement lié à des attentes disproportionnées et à des exigences émotionnelles fortes. Cet état traduit une problématique de relation avec le travail et non pas de relations au travail. Il peut découler d’un processus relevant d’un écart entre l’investissement réalisé au travail et la reconnaissance obtenue ou encore à une frénésie de travail où la personne est à la poursuite de reconnaissance ou d’accomplissement qui ne se réalisent pas. L’évaluation de sa propre efficacité, de son incompétence et de son non-accomplissement sont pris en compte[1].

Les différentes phases du burn-out

Le burn-out se produit de façon insidieuse. Il s’installe sur plusieurs années. En effet, le burn-out se développe selon plusieurs phases[2]. Dans un premier temps, la personne est enthousiaste et s’investit dans son travail pour répondre à son idéal qui nourrit l’espoir d’être enfin reconnu et apprécié. Cet élément est essentiel. Selon C. Dejours[3], l’investissement au travail et sa reconnaissance par autrui, constitue un élément important de la construction identitaire de l’individu. Progressivement, le déséquilibre s’installe. La personne engage de plus en plus de ressources personnelles pour répondre à son idéal, dans un environnement qui ne le permet pas. La frustration ou le sentiment d’échec sont alors présents. Plutôt que de relativiser et de se réajuster, la personne continue à être zélée et s’entête à vouloir réussir. Le cynisme s’installe et progressivement la démotivation. Toutefois, la volonté d’être parfait pousse à nier cela et à reprendre la course effrénée bien que l’énergie diminue de plus en plus, jusqu’à l’épuisement total. La personne refuse la perte de contrôle, l’échec et la honte qu’ils peuvent occasionner. La détresse s’installe alors montrant une souffrance importante.

Tout au long de la progression de l’épuisement, les symptômes sont de plus en marqués. Ils se manifestent tant au niveau physique (troubles du sommeil, angoisse, fatigue, douleurs diffuses, douleurs à l’estomac, infections fréquentes, gain ou perte de poids, etc.), cognitif (difficultés de concentration, perte de mémoire, difficulté à prendre des décisions), de l’humeur (instabilité, irritabilité et méfiance, installation d’une rigidité, projection de la souffrance sur l’environnement) que comportemental (dépendances, isolement). Les conséquences sur les autres sphères de vie sont réelles et les relations interpersonnelles se détériorent (conflits, divorce).

Les facteurs liés au burn-out

La difficulté à gérer son stress est un élément important du burn-out. C’est un facteur de vulnérabilité indéniable. Outre la gestion du stress, nous trouvons également le perfectionnisme, une instabilité émotionnelle ou encore le contrôle externe (qui tend à attribuer la responsabilité de ce qui nous arrive aux autres). Toutefois, il serait dangereux d’oublier que le burn-out touche des individus normaux. En ce sens, « il n’est pas l’expression d’une pathologie individuelle »[4].

Il existe des facteurs organisationnels ou sociétaux. Les facteurs organisationnels qui peuvent contribuer à l’épuisement professionnel sont multiples. Nous trouvons le climat de travail, l’ambiguïté de rôle (quels sont le rôle et les responsabilités de chacun?), un système déshumanisant refusant l’autonomie, la surcharge de travail, la valorisation de l’engagement professionnel à outrance, etc. Au niveau sociétal, nous trouvons la recherche constante de productivité ou de rentabilité financière au détriment de l’humain, etc.

La performance à tout prix devient trop souvent la norme et répond au besoin d’accomplissement de l’individu. Le sens du travail se trouve alors à travers la performance, au détriment de l’identité[5]. Le sens commun pourtant essentiel dans la construction de l’identité professionnelle de l’individu est sacrifié. Le mal-être et la souffrance au travail sont très souvent en lien avec l’écroulement des systèmes de solidarité entre collègues, l’individu ne pouvant s’appuyer sur la dynamique du groupe et le soutien social qui en découle. Une partie des ressources disponibles pour faire face au stress disparaît alors.

 

Ainsi, le burn-out mène au deuil de son idéal et à un vide intérieur. Ce qui bascule, c’est le sens accordé à cette course effrénée et aux valeurs sous-jacentes qui sont en contradiction avec les valeurs profondes de l’individu. Plusieurs questions se posent alors : qu’est-ce qui me pousse à accepter ou à vouloir faire toujours plus, à essayer de me démarquer? Quel sens j’accorde à ce que je viens de vivre? À quoi ça sert de m’investir autant? Qu’est-ce que je peux faire différemment? Quelles sont mes vraies valeurs? etc. La réponse à ces questions relève d’une dynamique existentielle qui permettra à la personne de se rapprocher d’elle-même et de réajuster son rapport aux autres. C’est l’occasion de développer ses compétences, d’actualiser ses valeurs, de croître personnellement et, au final, de réorienter ses priorités.

 

Marguerite Hauteville

Coach spécialisée en santé intégrale et mieux être

Hypnothérapeute et infirmière

[1] Truchot, D. (2004). « Le burnout : état et processus » dans D. Truchot (éd.), Épuisement professionnel et burnout. Concepts, modèles, interventions, Paris, Dunod, p. 20-32.

[2] Marcil, M. (1991). Le burnout : s’épuiser plutôt que renoncer, Stress et burn-out, octobre 1991, 8 p.

[3] Dejours, C. (2007). « Travail, emploi et santé » dans C. Dejours (sous la dir.). Conjurer la violence : travail, violence et santé, Paris, Payot, p. 17-29

[4] Truchot, D. (2004). « Le burn-out : état et processus » dans D. Truchot (éd.), Épuisement professionnel et burnout. Concepts, modèles, interventions, Paris, Dunod, p. 20-32.

[5] Carpentier-Roy, M. C. (1995). Anomie sociale et recrudescence des problèmes de santé mentale au travail, Santé mentale au Québec, 20(2), p. 119-138

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